La compagnie Senelec a passé un contrat de fourniture de compteurs d’électricité avec Amco, une entreprise sino-sénégalaise. Un contrat qui n’a pas respecté les procédures de passation des marchés, et qui lie les parties pour 15 ans. En plus, la Senelec est contrainte d’acheter chaque année 300 mille compteurs électriques, qu’elle en ait besoin ou pas. Avec un volume garanti, quelles que soient les circonstances. Un marché de plus de 138 milliards de Cfa offert à des Chinois, après avoir chassé le Sénégalais Akilee.
Par M. GUEYE – Le 30 décembre 2024, la Senelec a signé un contrat avec la société sénégalo-chinoise Amco Sa pour la fourniture de compteurs. Un contrat d’une valeur minimale de 138 milliards de francs Cfa sur 15 ans. Au moment où les syndicalistes de la Senelec relancent le débat sur le contrat Akilee, celui-ci fait étrangement penser à la même histoire. Mais cette fois, le contrat se trouve enrobé d’un certain nombre d’irrégularités.
Il y a d’abord le fait qu’il s’est fait sans appel à concurrence, en plus pas approuvé par la Direction centrale des marchés publics (Dcmp). Par-dessus le marché, la Senelec, cliente, devra commander chaque année 300 mille compteurs à Amco. C’est de là que proviennent les 138 milliards sur 15 ans, qui équivalent à 4, 5 millions de compteurs. Il n’est nulle part précisé que la taille du marché ou même les projections statistiques imposeraient ce nombre de compteurs pour telle période. On a plus l’impression qu’il s’agit pour la Senelec de garantir à son fournisseur un marché captif, qui va lui fournir les mêmes compteurs Hexing, de la même marque chinoise qu’en son temps Akilee proposait.
Ainsi, Amco, une entreprise dans laquelle la Senelec détient une certaine participation, n’est qu’un outil servant à l’entreprise chinoise de s’assurer un marché captif au Sénégal. En son temps, le contrat d’Akilee n’imposait pas autant de contraintes. De plus, le contrat indique que même s’il lui arrive de ne pas en avoir besoin pour une certaine période, la Senelec est tenue de commander un minimum de 30% du chiffre annuel des compteurs.
La meilleure dans l’histoire est qu’avec ce contrat, la Senelec n’a même plus la capacité de faire jouer la concurrence, puisque pour ce produit, Amco devient son unique fournisseur. Par ailleurs, de manière volontaire ou pas, la Senelec s’est mis la tête sous le billot, car «aucune modification ne pourra être apportée au contrat sans l’accord mutuel préalable, écrit et signé, des parties…» Plus encore, «si les parties conviennent des modifications à envisager, celles-ci devront être matérialisées par un avenant au contrat rédigé et signé par les parties».
Le contrat prévoit par ailleurs une révision régulière des tarifs pour les compteurs. Ce qui fait croire qu’avec le temps, le prix actuel de 29 046 francs Cfa pour un compteur monophasé HXE130 acquis auprès d’Hexing ou de 49 525 francs Cfa pour les compteurs triphasés HXE330 pourrait passer au double. D’où la crainte que l’enveloppe pour la Senelec, donc pour les clients de la compagnie, pourrait bien dépasser les 200 milliards de Cfa dans les quinze prochaines années.
S’il fallait résumer ce qu’il ressort de ce contrat, c’est que l’on a ici un marché couvert par un contrat irrégulier, car n’ayant pas respecté les règles de passation de marché, un contrat déséquilibré en faveur du fournisseur, et potentiellement préjudiciable pour la société, donc pour le pays. Pour rappel, le contrat d’Akilee avec la Senelec était de 10 ans, et on a vu le tollé qu’il a créé. Celui d’Amco est de 15 ans, avec des implications plus dévastatrices.
