Alors que le Sénégal s’enfonce dans une crise politique marquée par des tensions inédites entre le gouvernement et sa majorité parlementaire, l’Alliance pour la République (Apr) est montée au créneau ce mercredi 28 octobre 2026. Par la voix de Abdou Khafor Touré, l’ancien parti présidentiel dresse un réquisitoire sévère contre la gestion du régime Pastef, dénonçant un ralentissement économique inquiétant et l’impact direct des querelles au sommet de l’Etat sur le quotidien des Sénégalais. Face à cette situation, l’Apr appelle à la constitution d’un «puissant bloc» de l’opposition pour préparer l’après-Pastef.

C’est un diagnostic sans concession que l’Alliance pour la République (Apr) a livré lors de sa conférence de presse tenue ce mercredi à Dakar. Un peu plus de deux ans après l’alternance de 2024, la formation politique sous le leadership de Macky Sall estime que le pays traverse une période particulièrement préoccupante, minée par la cherté de la vie, les tensions sociales et une grave instabilité institutionnelle.

Au cœur des critiques formulées par Abdou Khafor Touré, figure la détérioration des relations entre l’Exécutif et la majorité parlementaire dirigée par Ousmane Sonko. Le blocage sur l’examen de la Loi de finances rectificative (Lfr) 2026, rejetée avant d’être renvoyée devant la Commission des finances, illustre pour l’Apr une véritable fracture interne. «Le Sénégal ne peut être l’otage des querelles de ses gouvernants», a martelé le porte-parole.

Selon le parti d’opposition, les dirigeants actuels ne peuvent se défausser de leurs responsabilités alors qu’ils partagent le même projet politique. L’Apr pointe du doigt l’incohérence de Pastef, qui conteste aujourd’hui des orientations budgétaires pourtant élaborées et défendues par ses propres cadres lors de la Loi de finances initiale.

Des indicateurs économiques au rouge

Sur le plan économique, le tableau dépeint par l’Apr s’appuie sur les révisions financières contenues dans la Lfr 2026. Le parti tire la sonnette d’alarme face à des chiffres jugés inquiétants : des recettes budgétaires en baisse de 340, 1 milliards de F ; un déficit budgétaire qui grimpe de 5, 4 à 7, 6% du Pib ; une croissance revue à la baisse, passant de 5 à 2, 7%. Et une coupe drastique de 555 milliards de F dans les investissements publics.

Face à la dégradation des perspectives du Plan de redressement économique et social (Pres) et à une dette intérieure atteignant près de 1956 milliards de F Cfa, l’Apr réclame la publication d’un calendrier clair pour le paiement des créances dues aux Pme, étouffées par les retards de paiement de l’Etat. Sur le front énergétique, l’opposition exige des réponses face aux délestages récents et à l’impact de la hausse des prix du carburant sur le pouvoir d’achat des ménages.

Un appel au rassemblement de l’opposition pour 2029

Considérant la situation actuelle comme un échec global du pouvoir en place, l’Apr ne se contente pas de critiquer : elle pose les bases d’une contre-offensive politique. Affirmant son soutien total à la coalition Takku Wallu Senegaal ainsi qu’au Fdr, le parti salue les initiatives de rassemblement, à l’image de la récente posture de Idrissa Seck.

L’Apr lance ainsi un «appel solennel» à l’ensemble des Forces vives de la Nation et de la Société civile pour bâtir une opposition unie. Le parti entend réorganiser ses rangs sous la conduite de Macky Sall pour proposer une alternative crédible en vue de l’échéance présidentielle de 2029. En conclusion, l’Apr avertit : si l’impasse institutionnelle venait à se prolonger, la question d’un retour anticipé aux urnes devrait être légitimement posée.