L’accord avec le Fmi peut être une opportunité pour le Sénégal. Mais il ne doit en aucun cas servir de maquillage institutionnel à un échec économique.

Car le péché originel n’est pas anonyme : il a un nom. Ousmane Sonko, alors Premier ministre, a choisi de transformer nos finances publiques en théâtre d’angoisse avec ses «dette cachée» et «dette odieuse», installant l’image d’un Sénégal au bord de la faillite. Cette surenchère n’était pas un simple dérapage de communication : elle a profondément entamé la crédibilité du Sénégal au moment où notre économie avait besoin de confiance et de pragmatisme.

Le résultat est là : notre signature souveraine s’est effondrée. Standard & Poor’s a fait passer le Sénégal de B+ en octobre 2024 à CC, multipliant les dégradations jusqu’à évoquer le risque d’une restructuration de dette. Moody’s nous a, de son côté, relégués de B3 à Caa2.

Mais derrière ces notes et ces chiffres, il y a une réalité beaucoup plus brutale : ce sont les Sénégalais qui paient. Quand la confiance disparaît, l’Etat emprunte plus cher et les entreprises accèdent plus difficilement au crédit. Les investissements sont reportés, les projets ralentissent, des entreprises réduisent leurs activités et des emplois qui auraient pu être créés ne le sont pas. Pour les jeunes, cela signifie davantage de chômage et moins de perspectives. Pour les entrepreneurs, davantage de charges et moins de financement. Pour les ménages, des fins de mois plus difficiles, un pouvoir d’achat sous pression et un coût de la vie qui devient toujours plus lourd.

Et lorsque l’Etat lui-même dispose de moins de marges financières, ce sont aussi les infrastructures, les services publics et les investissements sociaux qui peuvent en subir les conséquences. Une mauvaise gestion des finances publiques ne reste jamais enfermée dans les comptes de l’Etat : elle finit dans le portefeuille des ménages, dans les carnets de commandes des entreprises et dans l’avenir de notre jeunesse.

Voilà le paradoxe d’un régime arrivé au pouvoir au nom d’une souveraineté radicale et désormais contraint de recourir au Fmi pour stabiliser une situation financière profondément dégradée.

Le Fmi n’est ni notre ennemi ni notre sauveur. Il peut encadrer nos finances, mais il ne créera pas nos emplois, ne fera pas baisser durablement le coût de la vie et ne rendra pas aux ménages le pouvoir d’achat perdu.

Surtout, Ousmane Sonko avait porté cette narration alors qu’il était Premier ministre. L’accord de 2, 2 milliards de dollars avec le Fmi est, lui, intervenu après son départ de la Primature. Mais il doit assumer les conséquences du discours et des choix qu’il a portés lorsqu’il était aux responsabilités. Pas de réécriture de l’histoire, pas de nouveaux boucs émissaires : chacun doit répondre de ce qu’il a dit et de ce qu’il a fait.

Le Fmi peut apporter un ballon d’oxygène financier, mais il ne relancera pas l’économie sénégalaise à notre place. La véritable sortie de crise passe par la transformation locale de nos ressources, l’industrialisation, une agriculture productive, un secteur privé fort et un climat des affaires favorable à l’investissement et à la création d’emplois.

Ousmane Sonko a réclamé le pouvoir au nom de la rupture, il doit désormais assumer la part de responsabilité qui lui revient. Car le Sénégal ne se relèvera ni par les slogans, ni par les seuls financements du Fmi, mais par la production, l’investissement, l’industrialisation et la création de richesses, afin que ce soient enfin les Sénégalais qui bénéficient de la croissance et non ceux qui paient le prix des erreurs de gouvernance.

Après les accusations et les prétextes, l’heure du mea-culpa…

Moussa NIANG

Délégué national à la vie politique

Gueum Sa Bopp