Il a taclé un régime dès son premier single, traversé un coma en Italie et fondé son propre label. Dalamady Keïta, alias Milka «Takrikain», revient avec «Laxassay», un album de 14 titres qui passe du drill au reggae, sans oublier la prière. Suivez le guide : à Guédiawaye, le rap n’a jamais eu autant de tablette.

Par Malick GAYE – Direction Guédiawaye, entre Médina Gounass et Baghdad. Ici, le hip-hop n’est pas une mode, c’est une langue maternelle. Au début des années 2000, les collectifs s’appellent Klam Saaba, B1X ou Bataillons Blindés. Un jeune Dalamady Keïta y trouve sa place avec des textes qui griffent. Son premier single, «Mbeelé Mbeelé Thiow La», vise le régime de l’époque sans gants. Résultat : une nomination en «Révélation de l’année». Il y a des débuts plus timides. Le garçon enchaîne avec «Bluetooth Dong», rejoint le Def Dara Squad et pose sur l’album de Gaston en 2011, avant de le suivre en tournée en Mauritanie. Il apparaît aussi sur deux albums de Bibson, «Mizajour» et «Viktwr». Sa première vidéo, «Yaye», fait de 2012 l’année des festivals. En 2014, il fonde le collectif «Takkricain Village» avec trois compagnons. «Legalize», «37» et le clip «Sunu Village» les installent parmi les références du rap sénégalais. Son album solo «Yëngël Geussëum» est nommé meilleur album solo, et ses clips cumulent des centaines de milliers de vues.

Puis vient une longue pause. Milka part se soigner en Italie, où il traverse un accident de la route et un coma. Il en revient plus costaud que jamais. En novembre 2025, il rentre au pays avec un single qui rappelle aux rappeurs leur mission : se tenir aux côtés des gens plutôt que des partis. Deux mois plus tard, «Dara Dunu Teuyé» (Ddt) confirme le retour. Il y raconte son absence et sa constance, un peu comme un «je suis toujours là» chanté à pleins poumons. Place maintenant à «Laxassay», l’enveloppe, l’emballage, la protection. Le fœtus est enveloppé dans le ventre de sa mère, puis protégé par son amour. Il grandit dans une société qui l’éduque ou le détruit, et finit enveloppé dans la terre. Un album de la vie à la mort, dit-il, mais sans y mettre de mine d’enterrement. La tracklist ressemble à un buffet. «Beut bu russul todj» pique le système et les promesses non tenues. «Bayil lu bone» supplie les petits frères de lâcher la drogue. «Pallen», en trap, salue son guide religieux Cheikh Ibrahima Fall. «Zion» invite à retourner à la terre et au legs des aïeux. Sur «Kawsara Vibes», avec Meuz Kawtef, le reggae fait danser les mélomanes et rappelle le bon vieux temps. Le 13e titre, «Mandou», demande de s’occuper de ses affaires et de laisser le jugement à Dieu. Sa vidéo sortira avec l’album. Côté tube, «Mane malen teuuu», avec One Lyrical, montre que Milka sait aussi faire du drill, ce style qu’on croit réservé à la nouvelle génération. Le clip tourne sur YouTube depuis deux semaines et passe à la télé. Pas mal pour un vétéran. Et pour le dessert, un bonus : «Hommage à Daddy Bibson», sorti le 15 octobre. Milka y salue celui qu’il considérait comme un grand frère, entouré d’une douzaine de voix amies : Meuz, Julio l’absolu, Karballah, Gun Mor, Nit Doff, Aïda Baye, Fodé, Kalif, Son B, Obi Médecin, Tayji et Lady Sinay. Ce titre est avant tout une affaire de reconnaissance. Milka a le rap engagé, le cœur large et la mémoire longue. Avec «Laxas-say», il enveloppe son public de messages, de rythmes et d’humanité. Et là, on a envie de croquer.

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